Chapitre I

Nous étions au mois de juin 1985. Monsieur Aoussou Koffi était à la tête de la Compagnie depuis 1973 et briguait son quatrième mandat de PDG. Le Conseil d’Administration se tenait à Cotonou.

Aoussou Koffi, deuxième président d'Air AfriqueLa Compagnie connaissait des difficultés financières, et la raison avancée par l’opinion du moment, était sa mauvaise gestion. À l’issue des travaux de ce Comité des Ministres, sur la pression conjuguée en particulier du Niger, du Bénin, du Burkina Faso et du Togo, Monsieur Auxence Ickonga a été choisi par le conseil d’administration pour remplacer Monsieur Aoussou Koffi. Il était fait grief à Mr .Aoussou Koffi, en plus de son manque d’autorité vis-à-vis du personnel et des États Membres, de n’être pas bon gestionnaire, ce qui, avec le recul, me parait excessif. En effet, Monsieur Aoussou Koffi a eu à faire face à plusieurs épreuves extrêmement handicapantes :

  • Les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979.
  • Le retrait du Gabon en 1977 avec comme conséquence directe la perte d’un marché en pleine expansion du fait du boom pétrolier que connaissait ce pays.
  • La dure grève du personnel navigant technique de la Compagnie en 1984, en pleine période de pointe.
  • Le développement sur nos marchés, d’une concurrence de plus en plus rude, concurrence souvent favorisée par les États Membres au double motif soit de la libéralisation de leur ciel soit de la rentabilisation de leurs installations aéroportuaires.

Malgré ces épreuves, Monsieur Aoussou Koffi et son Directeur général de l’époque Monsieur Jean Gaillard, poursuivant les actions de Monsieur Cheikh Fall, en plus de l’africanisation des postes de Directeurs et des principaux postes de cadres de commandement de la Compagnie, avaient réalisé sur fonds propres :

  • La formation et l’africanisation des postes du personnel navigant technique et commercial,
  • La poursuite de la modernisation de la flotte par l’acquisition en location (avec option d’achat pour certains avions), de deux DC10, deux A 300-B4 et un Boeing 747 cargo, en plus des appareils existants (un DC8-63 passager et deux Boeing 727).
  • L’informatisation de nombreuses activités de la Compagnie, dont la réservation centrale puis l’enregistrement des passagers,
  • le renforcement des moyens et l’équipement du Centre Industriel de Dakar (CID), ce qui a conféré à la Compagnie, par transfert de technologie, une certaine indépendance en matière de maintenance des avions. Cette indépendance technique était souhaitée et avait été anticipée par Monsieur Cheikh Fall qui en 1971, fit investir dans la création d’un Centre de Formation aux Professions Aéronautiques : le CEFOPAD de Dakar.

À son départ en 1985, Monsieur Aoussou Koffi a laissé une Compagnie lourdement endettée (35 milliards de CFA) dont la plus grande part (17 milliards de CFA) était constituée d’impayés colossaux de certains États Membres.

Il n’a pas anticipé la nécessaire adaptation de la stratégie commerciale de la Compagnie au début de l’arrivée des premières Compagnies charters sur notre réseau, préférant rechercher, tout comme le feront ses successeurs, le strict respect par les États Membres du « traité de Yaoundé » que certains étaient de plus en plus réticents à observer.

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3 comments to Chapitre I

  • Dany Rossignol (Mme)

    Ce que M. NDiaye rapporte dans son livre est ce qu’il a vecu, ce qu’il a vu, qu’il a ressenti. La verite de ce livre c’est SA verite et son analyse. Les fautes commises dans la compagnie de mauvaise ou bonne gerance? peu importe a qui la faute, car c’est trop tard pour revenir en arriere. C’etait l’epoque et il y a eu une part de bien-faire. Air France a fait ce qui etait possible avec ses moyens et a renfloue pas mal de trous. Il y avait aussi sans doute peu d’Africains formes pour faire fonctionner une telle entreprise, mais surtout beaucoup trop de personnel. Peu importe a la fin, ce qui est bien c’est de se rememorer ce temps et l’empreinte que Air Afrique a laisse. Ce ne fut pas la premiere compagnie ayant fini sur un desastre financier…. L’important c’est qu’elle a existe et marque l’histoire de l’Afrique. Rien n’est parfait dans ce monde. Personnellement, je suis tres contente de savoir que M. Ndiaye a eu l’idee de nous laisser ce magnifique document, une histoire inoubliable – ce que personne n’aeu l’idee avant lui. Felicitations M. NDiaye.

  • CAMARA

    Nous ns sommes, en temps africains, fait avoir. C est domage.
    Je fais party de la première promotion du centre RK;

  • J. VINOU

    À DAIX et N’DIAYE,

    Heureuse année pour vous et pour tous ceux qui vous sont chers.
    Je viens de connaître votre site et vous en félicite très vivement.
    J’espère que cela nous permettra de faire le deuil de la compagnie.
    Cependant dès le premier chapitre, je me demande si vous serez capable (N’DIAYE) d’honorer les obligations de devoir de vérité que l’exercice dans lequel vous vous êtes volontairement engagé vous impose.
    En effet, vous semblez exonérer les deux premiers PDG (paix à leur âme) des nombreuses erreurs commises dans leurs stratégies de développement. En avaient-ils vraiment ? Même en tactique les grandes décisions étaient prises depuis PARIS/La Défense (UTA). Les africains se contentaient généralement de jouer les porte-serviettes ou de soigner leur carnet d’adresses .
    C’est véritablement là le point de départ de notre misère: une africanisation bâclée et une gestion des ressources humaines sans aucune orientation claire et précise. Vingt années plus tard les choses s’étaient empirées vos derniers paragraphes du chapitre l’expliquent suffisamment.
    A bientôt.

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