Chapitre IX.3

Afin d’éviter toute perturbation dans le bon fonctionnement des services aéroportuaires tout en préservant la paix sociale entre employeur et employés, le Directeur de l’aviation civile du Sénégal, organisa une réunion tripartite, Administration, Direction Air Afrique et Représentants syndicaux.

À l’issue de longues et difficiles négociations menées entre les parties en conflit, il a été convenu, décidé et acté que :

  • l’ensemble du personnel du Sénégal lié au traitement des vols des compagnies assistées, ainsi que le matériel d’escale d’Air Afrique était réquisitionné par l’État du Sénégal pour assurer la continuité des services, et ce jusqu’à nouvel ordre.
  • la totalité des recettes générées par l’assistance des compagnies servirait à régler les problèmes de salaires soulevés par les employés.
  • la Direction locale Air Afrique à Dakar devait organiser la collecte des recettes et assurer les dits paiements jusqu’à leur terme.
  • les transferts de fond par la Direction Air Afrique vers le siège ne devraient intervenir qu’à cette échéance.
  • Jusqu’à nouvelle instruction, les fonds produits par Air Afrique restaient propriété d’Air Afrique mais devaient être gérés comme décidé.
  • un point régulier des réalisations devait être fait à la même assemblée par le Directeur d’Air Afrique.

Grève Abidjan 2001

La menace de grèves d’assistance au sol à Dakar s’étant révélée être « l’arme fatale », tous les syndicats locaux l’importèrent.

Dans son fond et dans sa forme, la décision du Sénégal a été reprise par plusieurs autres États Membres, ce qui leur permit d’y régler totalement les salaires, et les arriérés de salaires puis les droits de tous leurs travailleurs.

Le démembrement de la Compagnie par les États ou…
le chacun pour soi et vive l’unité !

La seule déviation notoire de cette disposition a été celle de la Côte d’Ivoire. En effet, le Ministre Ivoirien des transports, Président du Comité des Ministres de tutelle de la compagnie, sur informations volontairement erronées de certains cadres et fonctionnaires intéressés, décida de réquisitionner la totalité du matériel et du personnel d’assistance en escale, MAIS de faire collecter les recettes produites par le trésor ivoirien.

Les recettes ont effectivement été collectées par le trésor, seulement, tous les agents en activité à Abidjan n’ont pas été payés. Seuls ceux en poste à l’escale eurent droit à un salaire. L’excédent de recettes a été ensuite affecté de manière discriminatoire à des bénéficiaires sélectionnés sur des bases opaques excluant les agents étrangers et certains agents ivoiriens…

Le personnel du siège « non productif de recettes d’assistance » fut exclu de la liste des « ayants droit ». Cette situation aboutit progressivement à la clochardisation de plusieurs agents d’Air Afrique à Abidjan. Ne pouvant plus se loger faute de pouvoir payer leurs loyers, certains agents n’eurent d’autre recours que de « squatter » leurs bureaux au siège administratif de la compagnie.

Devant la détresse des agents, les délégués du personnel ont eu recours à toutes sortes de solutions allant de la classique grève de revendication aux séances de prière collective en passant par le sacrifice « révélé » d’un bœuf vivant, avant de prolonger le mouvement par une grève de la faim dans l’enceinte de la cathédrale d’Abidjan.

Les explications données par le Ministre Ivoirien des Transports de l’époque, Monsieur Kabran Appia, étaient que « L’argent produit à Abidjan a été bloqué pour le soustraire à la mauvaise gestion de l’Air Afrique finissante (merci pour Monsieur Kodjo et son équipe) afin d’être affecté véritablement au paiement des salaires de ceux qui travaillent à l’aéroport, ensuite à celui des autres salaires d’Abidjan ».

« Je ne veux pas que vous, (les agents grévistes de la faim) soyez les dindons de la farce. Je ne veux pas que vous soyez manipulés par ceux qui ont des salaires énormes (et) qui souhaitent que cet argent soit versé dans les caisses pour se faire payer ». (Fraternité matin 26/06/02)

Le jour où l’on fera le bilan de la gestion des recettes produites par l’assistance, l’on se rendra sans doute compte que cet argument s’il était nécessaire, n’était pas suffisant.

Cette décision qui amputait la Compagnie d’une importante partie de ses recettes, en plus d’être contestable dans son fondement, car produite par des moyens appartenant à la multinationale, justifia ici et là, toutes les mesures prises localement par chacun des États.

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