Chapitre VII.7

Depuis quelques temps déjà, mais surtout après le retrait des 4 avions A310, Sir Harry aimait à confesser, que s’il avait su ce qu’était réellement Air Afrique, il n’aurait jamais accepté le poste de Directeur Général. Il lui arrivait fréquemment, parlant à des collaborateurs, ou parlant de la Compagnie, de dire « votre Air Afrique », traduisant ainsi la distance qui se créait entre le Directeur Général et « sa » compagnie.

Durant le peu de temps que j’ai passé à la tête de la compagnie, expliquait-il en substance, (NDLR 18 mois au total), j’ai discuté les questions d’Air Afrique avec au moins deux ministres des transports au Burkina-Faso, trois au Congo, deux au Tchad, deux en Mauritanie, deux au Togo, deux au Niger. Au total, et sauf erreur, j’ai, disait- il, discuté les questions d’Air Afrique avec au moins quinze Ministres des Finances. Chaque fois que je croyais aboutir, il y avait changement de ministre ici ou là, et il fallait repartir à zéro. De mes interlocuteurs, le seul en place depuis mon arrivée (NDLR jusqu’à son départ) a été le Ministre des Transports du Sénégal monsieur Tidjane Sylla.

Il y a aussi, disait-il, que des États ne le soutenaient plus, et qu’Air France, qui jouissait d’une bonne écoute dans certains États, souhaitait son départ et faisait tout pour cela.

Ces confidences, qui vraisemblablement traduisaient soit un désarroi grandissant, soit un ras-le-bol de Sir Harry, rajoutées aux constats des erreurs des différents PDG ou DG venus de l’extérieur, (malgré leurs talents et leur savoir-faire dans plusieurs domaines), avaient fini par me persuader que le redressement durable d’Air Afrique, ne pouvait venir que de l’intérieur, avec un DG choisi parmi les Directeurs Centraux de la Compagnie. J’étais persuadé que certains de ces hauts cadres, après leur longue carrière à Air Afrique, et y ayant occupé plusieurs postes et accumulé une solide expérience du fait de cette longue immersion, pouvaient redresser et sauraient diriger la compagnie.

En effet, j’étais de plus en plus convaincu qu’Air Afrique était comme un malade qui cachait ses vrais maux aux docteurs (PDG et DG) de l’extérieur. Tout comme on a coutume de dire, parlant de quelqu’un : « Je le connais comme si je l’avais fait », j’étais persuadé qu’un « docteur » de l’intérieur saurait guérir le malade, malgré lui, sans même lui demander de quoi il souffrait.

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