Cri du cœur, la fin d’un parcours

Il était une fois dans notre espace aérien et dans l’Univers au-delà de nos frontières,
une Antilope-Cheval qui voulait ouvrir les portes de notre continent au Monde.


À tous mes anciens collègues
À Diop Mansour et Famille
À Pape Mansar Ndoye et famille

Avec mes pensées à Sidibé Oumar et à Nana Karim
Endormis dans les bonnes grâces d’ALLAH Notre Créateur.


Il était une fois dans notre espace aérien et dans l’Univers au-delà de nos frontières,
une Antilope-Cheval qui voulait ouvrir les portes de notre continent au Monde.

Elle n’était ni celle des forêts, ni celle des savanes.

Elle était celle du soleil et du firmament constellé à travers les vents et au milieu des nuages.

Elle était l’émanation symbolique de onze états qui dans l’union et dans la solidarité, voulaient sortir notre Afrique d’une léthargie préjudiciable à son épanouissement.

Elle incarnait les prémices du Futur ; une Afrique forte et puissante, telle que la voulaient ses géniteurs pour nos enfants et petits-enfants et les générations qui suivront.
La route qu’elle avait choisie et qu’elle a su tracer devrait ainsi la conduire vers cette destination.

Hélas ! Ceux qui l’ont créée n’étaient plus là pour la soutenir et l’encourager.

19 ans que disparaissait des radars, notre Multinationale AIR AFRIQUE pour ne plus réapparaître sur les réseaux du transport aérien international.

C’était la fin d’un parcours, l’aventure d’un bel outil d’intégration, comme une fin du monde ; le commencement d’un souvenir, celui d’un cauchemar qui perdurera à travers les temps.

Vous souvenez-vous chers collègues de notre Antilope-Cheval ?

De ces moments où nous avions consacré le plus clair de notre temps au travail ?

Nous étions de ces voyages dans le monde, à travers nos parcours par moments brûlés par le soleil, avec un crépuscule à la lueur de feu, comme un regard de fauve dans son sommeil.

Ces nuits baignées de fraîcheur qui nous accompagnaient jusqu’à l’aube, quand une partie de notre Univers était encore endormie.

Ô Toi qui t’en es allé de l’autre côté, parti pour toujours, pour ne plus revenir !

Je ne te connaissais pas avant, cher collègue.

Le destin nous a réunis au sein d’une entreprise où nous avions partagé des moments agréables et inoubliables, au travail comme en famille quand il nous arrivait de nous retrouver.

Tu venais du Sud,
Tu venais du Nord,
Tu venais de l’Est
ou de l’Ouest
de notre Afrique
où le rugissement du lion dans ses confins se fait toujours entendre.

Tu venais aussi de quelque part, au-delà de nos frontières,
dans cette immensité du monde où les jours et les nuits ne se ressemblent pas.

Moi de l’univers du Tambour-Parleur ; celui de la Reine Pokou. Cette terre des lagunes auréolée de verdure ; une végétation luxuriante inondée d’oiseaux au plumage multicolore et scintillant ; avides de becquetées et de nectar ; sans oublier les roucoulements intermittents des tourterelles assoupies et ramassées sur les branches des arbres, à la recherche d’un calme et d’un repos.

Je ne saurai contenir ces senteurs d’ylang-ylang, de jasmin, de miramya et de frangipaniers à travers leurs effluves…

Tout un parterre de merveilles et de plaisirs irrésistibles et insatiables !

J’appartiens aussi à cette savane avec cette douceur du soir au coucher de son soleil ; sans ignorer ces feux de brousse, quand l’odeur de paille brûlée se fait sentir, alors que le gibier essoufflé et traqué n’aura aucun recours.

Je m’en voudrais de ne pas me souvenir de ces nuits bondées d’allégresse, sous les rythmes endiablés des tam-tams et des balafons, dans cet Univers constellé que je ne saurai décrire pour son éclat et ses beautés.

Nous étions de ces missions où nous avions donné le meilleur de nous au travail, grâce à la clairvoyance de ceux qui ont créé la Multinationale Air Afrique et qui sont partis pour ne plus revenir.

Que d’aventures et d’émotions !

Une odyssée comme un conte de Fée qui devrait figurer quelque part, dans les annales de notre continent, pour nos enfants et petits-enfants, pour la postérité.

Des moments sublimes teintés d’angoisses et de tristesse qui me marqueront toujours.

Je n’oublierai jamais toutes ces méchancetés, toutes ces injustices, et tous ces coups bas endurés.

Aussi tous ces règlements de comptes relevant d’un clientélisme où certaines compétences ont été injustement balayées de la maison.

D’autres, ignorant d’où ils sont sortis, et ce qu’ils étaient, se sont retrouvés sur le piédestal, au détriment des plus méritants parfois traités de “bras cassés”.

AIR AFRIQUE N’EST PAS MORTE D’UNE MORT NATURELLE.

Que s’est-il donc passé ?

Allez le demander à ceux qui sont venus et qui l’ont conduite aux portes d’un abîme ; dans les profondeurs d’un univers sans tambour et sans tam-tam, celui du silence et de l’oubli.

L’abandonnant désormais à l’histoire, à travers des souvenirs et des regrets qui resteront tristes et amers.

Une fin voulue, préméditée au regard des faits saillants qui ont émaillé ses pénibles moments. Pourquoi pas de cette cupidité relevant d’une certaine concurrence, voulant ainsi accaparer le monopole du transport aérien, dont elle jouissait auprès d’une clientèle qui lui était acquise ?

À qui profite aujourd’hui ce crime ?

Certes ! Elle avait failli à un moment donné de son parcours, dans des circonstances imprévisibles, quand le prix du baril de pétrole qui avait flambé, avait pesé sur sa gestion.

Elle en a souffert.
Elle n’était pas la seule entreprise à en subir les conséquences.
Certaines ont disparu.
Celles qui sont restées ont été soutenues.
Ce ne fut pas ainsi pour notre Multinationale qui était livrée à elle-même.

Malgré toutes ces turbulences, elle aurait pu retrouver ses allures et son équilibre, n’eût été ce renouvellement précipité de sa flotte, immédiatement suivi d’une dévaluation du cours de notre monnaie qui ne pouvaient ainsi que l’affecter et la clouer définitivement au sol.

Une mort n’émanant que de cet endettement dans l’achat des Airbus, soutenu par une détérioration inattendue du cours de notre monnaie.

Notre trésorerie n’était plus reluisante. Sachant les difficultés du moment, il ne le fallait pas.

Hélas ! Ceux qui devraient dessiller les yeux de ses tuteurs sur les risques d’une telle aventure s’étaient tus ; préservant leurs intérêts personnels, en se vautrant dans une allégeance notoire et dans la médiocrité.

Nos DC1O/30 qui étaient performants pouvaient servir et pour longtemps encore.
Il ne fallait pas aussitôt les brader et les remplacer par des modules de faibles capacités et d’un coût très élevé.
On pouvait quand- même freiner cette vente !
Leur maintien en ligne pendant un certain temps, nous aurait évité cette catastrophe.
Une gestion qui n’incombe qu’à ceux qui sont venus avec des moyens et qui au lieu de la sauver, ont détruit notre bel outil d’intégration ; ne voulant pas d’une réussite qui nous ouvrirait les portes d’une Afrique solidaire, forte et puissante.

« Œuvres de tant d’années, en un jour envolées, volées ! »

Quel héritage laisserons-nous demain à nos enfants ?

Les soubresauts d’une époque et leurs agrégats de nuisances ont eu raison de notre outil d’intégration ; notre Antilope-Cheval qui nous faisait honneur et forçait partout respect et admiration.

Si nous devions parler de compétences, nous pouvions nous enfler d’orgueil car elle disposait malgré tout d’un potentiel issu des grandes écoles, doté d’expérience et possédant des qualités techniques et professionnelles indéniables, ne courant pas les rues.

Elle n’enviait aucune compagnie en la matière.

Une notoriété ne souffrant d’aucune ambiguïté, augurant ainsi des lendemains prometteurs qui hélas, ne connaîtront pas d’éclosion.

Une lumière savamment éteinte qui n’éclairera plus nos foyers et nos horizons.

Ainsi s’effaçait des tablettes du transport aérien, notre Multinationale Air Afrique.

Le bruit et les envergures des avions, leurs silhouettes au-dessus de nos têtes, me ramèneront toujours sur le tarmac d’un aéroport ; sur ces pistes où nous avions passé une bonne partie de notre vie avec tous ses mouvements et tout son trafic.

Je n’oublierai pas tous ces moments et tous ces va-et-vient.

Oui tu me manques ô Toi qui planais et rayonnais sur le monde, dans cet univers ensoleillé et constellé !

Tu étais cette Teranga au milieu des vents, des nuages et des tempêtes.

Tu étais ce symbole d’accueil et d’hospitalité à travers cette Akwaba” sur les bords de notre lagune Ébrié ; aussi de nos rivières, de cet océan et de nos savanes aux mille couleurs et douceurs remplies de merveilles.

Tous te regrettent et te réclament.

Tu ne devrais pas ainsi leur tourner le dos !

Nous sommes coupables, tous coupables pour n’avoir pas ainsi relevé tous ces défis à temps.

《 Ô TOI QUI ÉCOUTERAS CE CRI DU CŒUR. TU ME COMPRENDRAS.
TU TE RETROUVERAS À TRAVERS CES LIGNES.
JE SAIS QUE TU PEUX FAIRE REDORER LE BLASON DE NOTRE AFRIQUE EN LE PROPULSANT VERS DES HORIZONS PLUS FORTS, GRÂCE À CETTE CLAIRVOYANCE, CETTE COMPÉTENCE ET CETTE FORCE EN TOI. CETTE VOLONTÉ NE DÉPENDRA QUE DE TOI.
LAISSE DONC PARLER TON CŒUR ET NE LAISSE PAS TERNIR ET DISPARAÎTRE POUR JAMAIS, LES IDÉAUX DE BIENSÉANCE QUE PRÔNAIENT LES HÉROS DE NOS INDÉPENDANCES : L’AVÈNEMENT D’UNE AFRIQUE PLUS CONVIVIALE, SOUDÉE, FORTE ET PUISSANTE.
CE DEVOIR T’INCOMBE. TU NE DEVRAIS PAS T’EN ÉLOIGNER 》.

Alors notre Air Afrique renaissant de ses cendres, réapparaîtra plus majestueuse et solennelle, plus CONTINENTALE que jamais.
Elle étendra ses ailes sur le monde à travers des aventures plus passionnantes, générant un réconfort au regard du passé où à un moment de son parcours, elle n’était que l’ombre d’elle-même.

TU GRANDIRAS DAVANTAGE ET TU RESTERAS ÉTERNEL POUR L’AVOIR AINSI REDRESSÉE ET RELANCÉE.
POUR AVOIR RELEVÉ LE DÉFI DE MANIÈRE REMARQUABLE.

Ses fondateurs dans leur sommeil, se reposeront paisiblement, fiers de leurs héritiers qui ont su prendre la relève, telle qu’ils le voulaient.

Oui tu me manques, belle Antilope aux ailes d’acier !

C’était la fin d’un parcours, celle d’une Multinationale de transport aérien qui voulait construire une Afrique plus continentale, forte et puissante.

Les vicissitudes de la vie et tous ces courants néfastes dans leurs effluves, ne l’entendaient pas ainsi.

Que nous reste-t-il à présent ?

Si ce n’est ce ressentiment de frustration, d’injustice envahi de nostalgie et de tristesse qui nous habitera jusqu’à notre sommeil, à travers nos allures depuis affaiblies et nos cheveux blanchis par les temps et le poids des soucis !

Peut-être qu’un jour, une lueur inattendue, nous ouvrira les portes de l’espérance et du bonheur !

Je rêve d’une Afrique libre.
Je rêve d’un continent fort et puissant ; dénué de toute ingérence et prenant en main son destin ; pour des lendemains qui feront le bonheur de ses enfants qui, dans la fierté, sauront à tout moment de leur existence, retracer son histoire.

C’est pour cette Afrique que je lance ce cri du cœur à travers cette plume qui pleure.

Je la voudrais ainsi pour la postérité.

L’histoire appartient aux générations.

De ces générations naîtront des enfants qui sauront redorer son blason.

Abdoulaye Ouédraogo

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