Chapitre III.2

Le premier mandat : la période faste 1989-1994

La première des actions de redressement initiée par le nouveau Président Directeur Général, après le limogeage de l’ancienne équipe, a été la mise en œuvre de la réduction des effectifs.

C’était au mois de Juin 1989 ; à l’image du cœur des Air africains, le ciel d’Abidjan où j’étais en poste, était bas, gris et triste. Il pleuvait ce jour là, et les agents d’Air Afrique venus pour prendre service, se sont vus priés par des vigiles postés devant les entrées du siège, d’attendre qu’ils consultent la liste des agents retenus par la nouvelle Direction. La mission des vigiles était de remettre leurs lettres de licenciement contenant un chèque pour leur solde de tout compte à tous ceux qui n’étaient pas retenus.

Alignés en rang d’oignon, sous le regard intrigué ou compatissant de passants et de badauds, les agents attendaient patiemment leur tour, pour accéder au point de décision, observant sans mot dire, les premiers licenciés qui cachaient mal leur désarroi avant de s’en aller, puis disparaître sans commentaire ou en psalmodiant on ne sait quoi, se demandant sans doute s’ils ne vivaient pas un cauchemar en plein jour.

Au total, tous lieux confondus, la réduction des effectifs de la Compagnie a concerné plus de 1600 agents, c‘est à dire le quadruple du nombre d’agents que Monsieur Ickonga devait licencier en… 1985.

Ce que monsieur Ickonga n’a pas pu faire, Monsieur Yves Rolland-Billecart l’a réussi sans coup férir. Il confiera plus tard, souhaiter ne plus avoir à connaître dans le futur, une épreuve aussi traumatisante y compris pour lui.

Le lendemain de la compression du personnel était d’une tristesse sans nom, pire qu’après un bombardement aérien où les « survivants » recherchaient leurs proches pour savoir s’ils étaient « morts » ou pas.

Lorsqu’on appelait au téléphone un poste intérieur, et qu’après trois sonneries il n’y avait pas de réponse, alors on savait que l’agent ami(e) frère ou sœur, oncle ou tante, père ou mère, avait été dégagé, on disait alors compressé. Chacun appelait chacun et les informations consolidées commencèrent à arriver en fin de journée.

  • Monsieur et madame X ont été tous les deux licenciés ?! Quelle horreur !
  • Madame Y, a été déflatée ? Oh la pauvre, elle qui vient de perdre son mari !
  • Monsieur Z ? Il a bien mérité ce qui lui est arrivé, toujours à se balader dans les avions ! Quant à Monsieur P, c’est vraiment dommage qu’il soit resté ! Dans tous les cas, il verra,  » Billecart est encore là… ! »

Même dans ces moments difficiles, les vilains sentiments n’avaient pas disparu du cœur de personnes ayant pourtant travaillé ensemble pendant plusieurs années.

Après la réduction des effectifs, le Président et son équipe se sont attaqués à celle des fréquences des Compagnies européennes, et à la mise en place de quotas de passagers pour certaines des Compagnies aériennes concurrentes dites de 5° liberté qui venaient « piller » le marché de la Multinationale. Cet épisode qui a duré plusieurs mois, montra toute la détermination de l’équipe à réussir sa mission. Rien ni personne ne fut ménagé, pas même UTA qui, pour le PDG figurait au nombre des concurrents, malgré ses accords privilégiés avec Air Afrique.

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