Chapitre II.2

La méthode Ickonga ou celle de la mise en place d’une « armée mexicaine »

L’organigramme publié par le nouveau PDG, organigramme volontairement destiné à combler le retard de représentativité des États de l’Afrique Centrale, ressemblait à tout sauf à celui d’une Compagnie aérienne en crise.

En plus du PDG et du DGA antérieurement Ministre du plan dans son État, dont c’était pour tous les deux, le premier contact avec les questions de gestion d’une Compagnie aérienne internationale, il y avait bien entendu comme c’est de norme, les Directeurs et leurs Adjoints.

Il y eut aussi un Directeur de Cabinet du PDG, un conseiller juridique avec rang de Directeur dont le titulaire, Monsieur Pierre Juste Moutsika Nsika se targuait d’être ‘’ l’homme aux trois doctorats’’, un inspecteur général et son adjoint avec rang de Directeurs, des Chefs de Division, des Chefs de Départements, un Chargé de mission, des Chefs de services, avec comme particularité, des services réduits numériquement au seul chef, lui ‘’tout seul ’’, sans aucun agent sous ses ordres.

C’est sous la présidence de Monsieur Ickonga que furent institués pour chaque membre du Comité de Direction, les quotas mensuels de billets gratuits et à réduction dont le nombre était variable selon la fonction du bénéficiaire. Ces billets, pour ceux qui ne les revendaient pas, devaient soutenir leurs actions de promotion ou de notoriété de la Compagnie.

En réalité et selon moi, à la différence de ce que fit Monsieur Aoussou Koffi durant les dernières années de son second mandat, et de ce que feront Monsieur Yves Roland Billecart et son équipe à leur arrivée, (nous en parlerons), les fonctionnaires de l’équipe Ickonga, fonctionnaires au sens strict du terme n’ont fourni aucun effort pour apprendre les fondamentaux de leur nouveau métier. Ils semblaient se contenter de leurs titres et avantages. Pour conduire à bien leurs missions, ils s’entourèrent de cabinets fantômes dont les membres étaient recrutés prioritairement parmi les cadres de leurs tribus puis de leurs pays d’origine, et ensuite parmi leurs amis cadres à Air Afrique, le tout complété de thuriféraires patentés dont certains figuraient sur la fameuse liste des « bras cassés ».

Ces choix entraînèrent par le PDG ou le DGA interposé, des règlements de compte entre cadres qui haïssaient, enviaient ou jalousaient des collègues. Il ne fallait même pas apporter la preuve de ce que l’on disait, il suffisait simplement d’accuser et la machine répressive se mettait en marche.

La chasse aux sorcières était ouverte et chaque jour apportait son anecdote.

Les décisions faisaient l’objet de notes de service à la longueur inhabituelle, au style « fonction publique » et au ton impératif. Ce nouveau style de notes de service était l’œuvre de l’homme aux trois doctorats.

Monsieur Théophile Komaclo, Inspecteur général eut les pires difficultés à expliquer qu’un cadeau (tapis) reçu lors d’une de ses missions en Mauritanie du temps où il était Directeur commercial n’était nullement la contrepartie et la preuve de la corruption dont la rumeur l’accusait.

Monsieur N’Diaye Abdoulaye, Directeur du Marketing et des programmes, fut relevé de ses fonctions en vingt quatre heures et dût libérer son bureau dans le temps imparti, pour y être remplacé par son adjoint Monsieur Fernand Brigaud promu à son poste et dont il devait récupérer le bureau.

Monsieur Christian Folly Kossi Directeur adjoint aux finances, fut suspendu et demeura sans salaire en attente de licenciement pour « perte de confiance » au seul motif d’avoir confié à un de ses collègues cadre, qui en fit part à Monsieur Ickonga, ses préoccupations sur la manière dont la Compagnie lui semblait être gérée.

Nous assistions à des sanctions pour délit d’opinion. Au motif d’exorciser les complots dont il avait une réelle hantise, le PDG tenta sans succès, de faire interdire au sein de l’entreprise, sous peine de sanction, tout regroupement de plus de cinq personnes, alors que les effectifs dans certains bureaux, étaient largement supérieurs à ce nombre.Tout était suspect et sujet à interprétation.

Alors que le PDG réglait les comptes, le DGA se fixa comme objectif la restauration de la discipline générale dans la Compagnie.

À cet effet et périodiquement, à la tête de son escouade, Monsieur Koudjolou DOGO, le DGA procédait à des contrôles inopinés dans les bureaux, aux heures de prise de service en vue de faire sanctionner les retardataires. À la vérité, et parce que les liens d’amitié ou de parenté étaient très solides dans la Compagnie, certains inspecteurs alertaient leurs parents ou amis du jour et de l’heure des inspections surprises lorsque les services de ceux-ci étaient programmés.

C’est aussi ce DGA qui innova en faisant affecter à ses côtés, la secrétaire qu’il avait dans son pays d’origine pour, disait il, éviter des fuites et s’assurer de la confidentialité des travaux qu’il aurait à lui confier, ce en quoi il n’avait pas tort. Concernant la confidentialité des documents, comme le disait un très haut cadre désabusé, « la seule chose que l’on n’avait pas encore réussi à photocopier à Air Afrique, était l’homme lui-même ! ».

Tous les documents, surtout ceux classés « confidentiel » étaient systématiquement dupliqués et divulgués souvent, bien avant leur enregistrement au courrier officiel.

Leave a Reply

You can use these HTML tags

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

  

  

  

Subscribe without commenting