Chapitre IX.7

Qui est responsable ? (suite)

VOUS, États Membres, propriétaires des droits de trafic et qui avez reçu en héritage ce joyau né de la vision de vos prédécesseurs, fondateurs de la Compagnie. VOUS qui parlez d’unité, d’intégration, de coopération, de solidarité, avez simplement sacrifié votre Compagnie commune, faute de vouloir faire face aux problèmes dont vous étiez régulièrement tenus informés par vos administrateurs.

Vous aviez décidé de sauver Air Afrique, en créant une « Nouvelle Air Afrique », mais vous avez classé sans suite, au profit d’intérêts étroits et à courte vue, le projet finalisé par le Gouverneur de la B.C.E.A.O. Ce projet démontrait qu’une « Nouvelle Air Afrique » était viable et pouvait prendre son envol dès le mois de Septembre 2002… si tels avaient été réellement votre volonté et votre objectif.

Durant 40 ans, votre « Air Afrique » avait illustré chaque jour une page glorieuse de l’histoire de la coopération et de l’intégration africaine, et su par sa rigueur et le professionnalisme de son personnel, figurer parmi les Compagnies les plus sûres au monde. Il est consternant aujourd’hui de constater qu’après avoir sacrifié cette compagnie communautaire, vous en soyez réduits à rechercher des alliances avec des compagnies nationales d’autres pays pour créer votre Air Ivoire, Air Sénégal, Air Burkina ou Air Mauritanie… International. La vérité de base qui avait conduit à créer Air Afrique était et demeure toujours « qu’aucun État pris individuellement, ne peut créer une Compagnie aérienne viable à terme ».

Alors que pour assurer leur survie la plupart des grandes compagnies en Europe, en Amérique et en Asie cherchent à se regrouper, dans nos États orphelins d’Air Afrique, moins de dix ans seulement depuis sa disparition, en plus de ce que cela aura coûté financièrement, certains en sont déjà à leur seconde ou troisième tentative de création de compagnie nationale. Pour cela, vous avez tous dépensé sans contre partie satisfaisante, beaucoup plus que ce qu’il vous était demandé pour sauver Air Afrique.

De plus, vous avez accepté de créer vos compagnies nationales en sacrifiant, par ignorance ou à la demande des partenaires du moment, des pans entiers d’activités permettant de garantir leur survie. Ainsi aucune de vos compagnies nationales créées ici et là n’a pris en compte la problématique du transport de fret, autant sur le secteur intra-africain que sur le secteur long courrier, pour développer une politique ou se doter de moyens adaptés. Aucune et pour cause, ne pourra investir dans un centre de formation pour son personnel commercial, exploitation ou technique, pas plus qu’il ne sera question de créer de centre de maintenance avions.

Le long courrier : Plusieurs États Membres de l’ex multinationale Air Afrique, ayant ou non une compagnie nationale, n’ont de liaisons aériennes intercontinentales que grâce aux services de compagnies étrangères. Pour cette raison vous acceptez, aujourd’hui, sans aucune protestation, que certains États puissent demeurer sans aucune liaison aérienne intercontinentale chaque fois que ces compagnies estimeront que pour des « raisons de sécurité », elles suspendaient temporairement leurs vols. Votre défunte Compagnie multinationale n’a jamais laissé un de ses États Membres sans liaison aérienne même lorsque toutes les autres avaient décrété une suspension temporaire des vols vers cet État. Ni la guerre au Tchad puis au Congo, ni les troubles sociaux au Togo, en RCA, au Bénin, en Côte d’Ivoire n’ont conduit Air Afrique à interrompre ses vols.

L’Inter-Etats : Ce secteur est desservi par une juxtaposition de vols de compagnies qui en plus et bien souvent, opèrent sur les mêmes parcours les mêmes jours, et parfois aux mêmes horaires. Par ailleurs, puisqu’elles n’ont pas toujours d’accord interline, les passagers sont obligés d’acheter deux ou trois billets de compagnies différentes pour pouvoir relier par exemple Dakar à Bangui ou N’djaména.

* Accord interline : Accord entre deux ou plusieurs compagnies permettant à un passager titulaire du seul billet de l’une de ces compagnies, de voyager indifféremment sur les vols de chacune d’elles.

Vos nouvelles compagnies, ces compagnies dont vous n’êtes plus toujours les vrais propriétaires au plan de la structure du capital, sont venues succéder à d’éphémères Compagnies ayant eu pour noms: S.A.T, Ivoire Airways, Air Niger international, West African Airlines, Air Togo International, NAS AIR… ou précéder la création de compagnies en longue gestation que sont L.A.I (Lignes Aériennes de l’Intégration), AIR CEMAC, AWA (African World Airways), ECOAIR…

Les tarifs : Vous avez constamment reproché à Air Afrique de pratiquer des tarifs élevés, vous acharnant à vouloir, pour en tirer profit, comparer les tarifs selon les distances et le cas d’école préféré était de vouloir comparer les tarifs Paris-Abidjan et Paris-New-York. Dans aucun État membre, Air Afrique ne pouvait appliquer de hausse tarifaire sans votre approbation expresse, et les tarifs approuvés étaient ceux appliqués par toutes les compagnies.

Depuis 2002 autant pour les passagers que pour le fret, vos aviations civiles n’objectent plus lorsque les compagnies actuelles affichent et pratiquent leurs tarifs prohibitifs. Contrairement à Air Afrique qui était obligé d’accepter vos bons de transport et pouvait attendre plusieurs mois, voire plusieurs années avant de se faire payer, aucune de vos compagnies actuelles n’accepte de vous accorder cette facilité.

Le handling : Vous avez reproché à Air Afrique le coût élevé de ses tarifs d’assistance en escale et ne réagissez pas devant la flambée de ces mêmes tarifs depuis la privatisation du handling ou la mise en place de Régies contrôlées par vos soins. Dans tous les états membres de l’ex multinationale, les tarifs d’assistance ont connu une flambée, faisant passer dans presque tous les cas, les tarifs antérieurs du simple au triple. Vous avez remplacé le monopole d’Air Afrique par le monopole de vos nouvelles sociétés d’assistance dont certaines ne sont ni plus ni moins que des « rançonneuses » de compagnies aériennes.

Logo RKL’adage qui dit « l’union fait la force » a t-il encore un sens aujourd’hui ? Il est permis d’en douter. L’antilope est morte… mais fallait-il vraiment laisser crever le cheval ?

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