Chapitre IX.6

Curieux destin que celui de la Compagnie multinationale Air Afrique.

Alors que la Compagnie a été pendant quarante ans, et à juste titre, considérée comme le « symbole vivant de l’intégration africaine », elle a longuement agonisé sur la place publique dans l’indifférence générale, au moment même où les africains, créaient l’OHADA, l’Union Africaine et le NEPAD et cherchaient à se rassembler autour de projets fédérateurs.

À la vérité, si Air Afrique n’avait pas existé, l’occasion aurait été propice, d’en proposer la création, tant le transport aérien participe à la réussite de tout projet d’intégration communautaire.

Air Afrique est devenue depuis 2002 « le symbole de la désintégration et celui de l’égoïsme africain », tant son sort, celui de la nouvelle Air Afrique et celui de ses milliers d’agents ne semblent plus intéresser personne et nulle part.

Le constat, le triste constat est que « ce qui est possédé en commun est négligé en commun ». Désormais, malgré l’OHADA et ses règles, il appartient en Afrique à chaque État, de trouver solution au problème social de ses ressortissants. Autant ceux qui étaient employés par la Compagnie commune hors de leur pays d’origine, que ceux qui y exerçaient localement.

Personne ne se soucie du sort de ce Malien, cadre d’Air Afrique qui se trouvait en Gambie au moment de la liquidation de la Compagnie ou de celui de cet Ivoirien en poste au Maroc, recherché par les autorités pour liquidation de société sans paiement de droits aux travailleurs Marocains. Que sont devenus ce Sénégalais et ce Mauritanien de Djeddah, ce Centrafricain qui était à Bamako, ces Burkinabés de Dakar, ce Béninois de Johannesburg, ce Mauritanien de Cotonou, ce Tchadien d’Abidjan ou ce Nigérian de Brazzaville ? Où se trouvent et que sont devenus ce délégué Nigérian en poste à Kano ou ce Burkinabé de Monrovia ? Personne ne le sait. Eux seuls le savent. Drôle de solidarité !

Depuis la disparition d’Air Afrique, nul dans nos États ne semble plus s’émouvoir de ce qu’il faille, comme avant 1961, pour effectuer un voyage aller retour Dakar Brazzaville Dakar, transiter par Paris ou Bruxelles. Nul ne semble s’émouvoir que ce voyage, en plus de coûter excessivement cher (plus de 2 500 000 francs CFA en classe économique) puisse durer près d’une semaine. Personne ne dit plus rien, peut être parce que réalisant sans doute trop tard, qu’il a eu le tort de reprocher à « son » Air Afrique, de lui avoir fait payer pour ce même voyage moins de 1.500.000 francs CFA en classe Affaires, mais en lui imposant un voyage aller puis retour de plus de 14 heures à chaque fois.

La revendication commune non satisfaite et qui était devenue le reproche habituel des clients, était de pouvoir partir le matin et de pouvoir revenir le lendemain, ce qu’Air Afrique avait été « incapable » selon eux de réaliser. Tout le monde, de manière unanime et sincère, déplore aujourd’hui la disparition d’Air Afrique. Tout le monde en souffre et espère en son for intérieur, que la Nouvelle Air Afrique verra bientôt le jour. À la vérité, rien dans nos États n’indique que cela soit encore d’actualité, sauf qu’il se dit… que certains États veulent se regrouper pour former une compagnie d’intégration régionale ou sous-régionale. En attendant, tout le monde accepte désormais et sans réticence des compagnies de remplacement, tout ce qu’il reprochait à Air Afrique.

Qui est responsable ?

Nous : Certains anciens dirigeants d’Air Afrique pour leur réelle incompétence. Ce manque de compétence a été aggravé par leur manque de vision et de stratégie, leur suivisme sans réserve d’une politique et d’une stratégie extérieures à leurs choix, leur laxisme successif et leurs calculs personnels souvent intéressés. Plusieurs parmi les dirigeants ont caché leur incompétence derrière une soit disant « amitié » avec leurs partenaires d’UTA puis d’Air France et n’ont pas réalisé que malgré l’amitié feinte ou réelle, les partenaires successifs défendaient avant tout, les intérêts de leur compagnie.

Nous : Certains délégués du personnel qui se sont servis de leur capacité de nuisance pour obtenir auprès de Directions aux abois, des promotions vertigineuses non justifiées par leurs mérites. Certains ont cru, parce que parfois manipulés à leur insu, qu’Air Afrique était immortelle, insubmersible, et qu’ils étaient investis d’une mission divine consistant à réussir l’éviction des Directeurs Généraux dans le seul but de « sauver l’outil de travail ».

Vous : Banque mondiale qui, en réalité, avez toujours souhaité la disparition d’Air Afrique pour briser son « monopole » au nom du libéralisme, de la mondialisation du transport aérien et de ce que vous appelez « open sky ». Comme toujours, vous savez être responsables, mais jamais coupables ou comptables des conséquences des décisions que vous imposez aux États.

Vous : Actionnaires privés, en particulier UTA puis Air France. Avec le recul, tout laisse à penser que votre objectif n’a jamais varié d’un iota même s’il a été temporairement contrarié. Il s’agissait pour vous, d’avoir en permanence un partenaire crédible mais docile, qui garantissait la « protection du ciel africain et le maintien de hauts niveaux tarifaires » contre « nos » concurrents. Ce partenaire ne devait jamais être suffisamment fort pour avoir son indépendance ou pour avoir une vision stratégique non contrôlée par vous. Cette politique vis-à-vis d’Air Afrique est en réalité celle initiée dès sa création par UTA. Elle vous a été vendue à Air France par la « confrérie » des ex-cadres de cette compagnie. Du reste, la plupart des interlocuteurs d’Air Afrique chez Air France sont demeurés les mêmes, ceux avec qui Air Afrique discutait déjà du temps de l’existence de d’UTA.

Vous : Certains passagers, trop nombreux hélas, qui avez su exploiter le laxisme général et les failles dans la gestion quotidienne d’Air Afrique, qui avez usé et abusé de passe-droits mais sans rien pardonner à votre « Air Afrique ». Désormais vous acceptez tout de vos nombreuses Compagnies de substitution et n’exigez plus, comme du temps de votre Air Afrique, de surclassements intempestifs. Vous acceptez aujourd’hui sans broncher de régler 2 kilos d’excédent de bagages à ces compagnies, alors que vous traitiez les agents d’Air Afrique de « ridicules » lorsqu’ils vous annonçaient 8 kilos à régler.

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