Chapitre IX.1

« Nouvelle Air Afrique » : les propositions d’Air France

En confirmation et complément de l’éviction de l’équipe de la Banque mondiale, le sommet des Chefs d’États réuni à Brazzaville a décidé la création d’une « Nouvelle Air Afrique », et accepté les propositions d’Air France adoubé sans compétition, comme partenaire stratégique de la future « Nouvelle Air Afrique ».

Que proposait Air France aux Chefs d’Etats ?

  • la liquidation d’Air Afrique et la création d’une « Nouvelle Air Afrique » qui se spécialiserait sur la desserte des relations intra-africaines, Air France assurant la totalité des vols longs-courriers et intercontinentaux via Paris,
  • la désignation d’Air France comme partenaire stratégique et actionnaire privé majoritaire de la nouvelle Compagnie,
  • la jouissance par la « Nouvelle Air Afrique » de la totalité des droits de trafics de l’ancienne Compagnie multinationale et sa mono-désignation* pour au moins 5 ans pour l’exploitation des droits des États.

L’ensemble du projet d’Air France pour la création de la « Nouvelle Air Afrique », approuvé à Brazzaville (août 2001) par les chefs d’États et conférant les droits d’Air Afrique à Air France, résolvait deux de ses vrais problèmes. D’abord, celui de l’existence sur l’ensemble du réseau intra-africain, d’une compagnie viable et sous contrôle, ensuite celui d’une compagnie qu’elle organiserait autour de HUBS en compagnie feeder.

Techniquement, de manière tout à fait objective, il était clair que :

  • avec les décisions prises en toute souveraineté par les dirigeants d’Air Afrique aux travers des derniers accords commerciaux conférant des acquis stratégiques importants à Air France,
  • après la consolidation directe et totale de ces acquis par les décisions des chefs d’Etats à Brazzaville, contrairement à 1999, année où Air France se livrait à ses analyses concernant la survie souhaitable d’Air Afrique, elle pouvait désormais envisager l’avenir sans craintes majeures, ses intérêts vitaux étaient solidement et durablement préservés.

C’est l’occasion de rappeler que cette Compagnie qui préparait sa privatisation par ouverture de capital, n’avait pas intérêt à finaliser trop rapidement la création de la « Nouvelle Air Afrique » qui viendrait lui prendre des parts de marché, peut-être d’inquiéter les futurs actionnaires, et affecter ainsi la valeur en bourse de « l’action Air France » dopée par le réseau Afrique.

De retour de Brazzaville, les deux chefs d’Etats chargés du dossier Air Afrique, Monsieur Abdoulaye Wade du Sénégal et Monsieur Gbagbo Laurent de Côte d’Ivoire ont pris leur mission à bras le corps. Pour piloter les travaux de création de la « Nouvelle Air Afrique », ils firent appel à Monsieur Charles Konan Banny, alors Gouverneur de la BCEAO, comme chef de projet. Celui-ci se mit au travail avec conviction, compétence et réelle volonté de réussir, tant la mission de sauvegarde de cet outil d’intégration était exaltante.

La Compagnie était à l’agonie pendant que les études concernant la création de la « Nouvelle Air Afrique » se poursuivaient. La flotte passager du moment se composait de cinq gros porteurs : deux A330-300, un A300-600, un A300-B4, un Boeing 767 et un petit porteur Boeing 737-300. Les vols cargo étaient assurés de manière aléatoire par des affrètements ponctuels.

Contrairement à quelques années auparavant, aucun de ces avions n’était plus la propriété de la Compagnie. Il s’agissait d’avions loués auprès de deux sociétés de location d’avions : ILFC et ALIZE.

Le sommet des chefs d’États avait recommandé la constitution de comités d’experts africains pour étudier avec ceux d’Air France, les modalités de création de la « Nouvelle Air Afrique » dont la structure du capital devait être la suivante :

États membres 22%
Air France 35%
Banques, institutions africaines, usagers 38%
Personnel 05%

Air France, en contrepartie de ses 35% du capital et de sa qualité de partenaire stratégique se serait engagée auprès des chefs d’États à verser 50 milliards de francs CFA (76,22 millions euros) pour constituer le « fonds de roulement » de la nouvelle Compagnie. Ce montant est celui que les cadres annonçaient déjà avant l’éviction de l’équipe de la banque mondiale, comme promis par la Direction d’Air France.

Après le sommet de Brazzaville, ces propos rapportés et attribués à Air France par le Président Abdoulaye Wade aux agents de Dakar, ont fait l’objet de « clarifications » de la part d’un haut cadre financier de la Compagnie Air France. Ces clarifications indiquaient pour l’essentiel, que la position d’Air France telle que relayée « par la partie africaine », concernant le sauvetage financier d’Air Afrique, avait été mal interprétée, y compris par des chefs d’États et des cadres présents à Brazzaville.

Pour qui était habitué à traiter avec les Compagnies françaises depuis l’époque de l’UTA, il ne s’agissait pas que de la première « clarification ».

C’est au sortir du sommet des chefs d’Etats (août 2001) que survinrent trois évènements majeurs successifs qui allaient compromettre, puis sceller le sort de la « Nouvelle Air Afrique ».

11 Septembre 2001 à New York
19 Septembre 2002, rébellion armée en Côte d’Ivoire
26 Septembre 2002, naufrage du Joola au Sénégal

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