Chapitre IX

Des chevaux de Troie…

ou la mise en place de ce que les services secrets appellent des « agents dormants».

L’échec de l’équipe de la Banque Mondiale ainsi que le spectre de la faillite d’Air Afrique étaient manifestes et l’éviction de Monsieur Erickson ne faisait plus l’ombre d’un doute. Il fallait la préparer et s’y préparer.

Avant le départ effectif de Monsieur Erickson et la nomination de son successeur, les vieux démons ressurgirent ; des cadres d’Air Afrique – comme le phénix renaît de ses cendres – revinrent à la vie… en interne, la course au pouvoir s’engagea de manière feutrée et sournoise.

L’argument développé par un ex Directeur central, candidat non encore officiellement déclaré au poste d’Administrateur Délégué, était de dire en substance que nous devions expliquer aux États « que ce n’est pas parce qu’un Directeur Général choisi en interne avait échoué, qu’il fallait disqualifier tous les cadres internes. Il fallait disait-il, convaincre les États qu’un Administrateur Délégué choisi en interne, un bon, parce qu’il y en avait encore, pouvait redresser la Compagnie ».

Les tenants de cette thèse se mirent au travail autour de monsieur Pierre Agbogba et sollicitèrent entre autres appuis, celui de certains responsables politiques, de délégués syndicaux, et l’incontournable bénédiction de la Direction Générale d’Air France qui, les instrumentalisant, les instruisaient des différents schémas possibles de sortie de crise. Un organigramme officieux aurait même été élaboré, et les titulaires pressentis pour les différents postes, commençèrent à jouer leur rôle en attendant…

Au fil des réunions, ces cadres, d’une seule voix, récitaient tantôt que la bonne solution pour Air Afrique passait par la création d’une structure de défaisance, tantôt qu’une liquidation-création seyait plus à la situation avant d’en arriver à l’exposé de la solution finale.

Les initiés : Cadres, ex Directeurs centraux, Représentants, Délégués du personnel navigant technique, délégués du personnel sol, avaient tous appris la même leçon et la récitaient avec application partout où de besoin.

Une structure de défaisance est une entité juridique chargée d’isoler des actifs financiers d’une entreprise ou d’un secteur par le biais d’une opération de défaisance. La structure de défaisance fait intervenir un consortium de réalisation (ou « banque-poubelle » ou « banque-hôpital » ou en anglais « bad bank »).

Avec de savantes et inutiles précautions oratoires destinées à crédibiliser le mystère de la confidentialité d’entretiens secrets à très haut niveau avec Air France, il était asséné par un ex Directeur candidat non déclaré, comme définitivement acquis, le fait qu’Air France s’était engagé pour avancer 50 milliards de francs CFA, cette avance s’inscrivant dans un plan global décliné comme suit…

Les États membres, et les autres actionnaires devaient :

  • Réaffirmer leur volonté de coopérer et d’avoir un instrument commun de transport aérien
  • Désigner immédiatement un partenaire stratégique dont il serait requis :
    • Un apport financier immédiat 50 milliards CFA réalisé pour partie en participation à l’augmentation du capital, et pour partie comme soutien financier pour la relance des activités de la Compagnie, à des conditions de remboursement à négocier.
    • Un soutien opérationnel et technique pour la négociation de moratoires en vue du rééchelonnement de la dette, et de la restructuration du réseau et de la flotte (Dans le contexte actuel, la Compagnie Air France parait le partenaire indiqué)
  • Parallèlement, il fallait :

    • Mettre fin à la mission du cabinet SH&E, et faire procéder à la désignation d’un nouvel Administrateur Délégué pour conduire la restructuration privatisation
    • Obtenir de la Banque Mondiale, le soutien financier nécessaire à la mise en œuvre du plan social
    • Lancer par anticipation, le processus de privatisation auprès du public africain par émission d’obligations convertibles en actions. Le soutien des institutions financières sous-régionales devant être requis
  • Mettre en place un comité de surveillance chargé du suivi de la mise en œuvre des différentes mesures retenues. Il pourra être composé d’un représentant du personnel, de deux spécialistes du transport aérien et de deux financiers

Le cheval de Troie sous divers camouflages de cadres, était dans la moribonde maison Air Afrique, et plus grave peut-être, dans le fœtus de la « Nouvelle Air Afrique ».

Manifestation contre la Banque Mondiale
Cliquer sur l’image.

C’est dans cette situation délétère, que la totalité du personnel, sous la houlette du syndicat, réalisant qu’il y avait réellement péril en la demeure, se mobilisa de nouveau sur le thème du départ de Monsieur Jeffrey Erickson et de l’équipe de la Banque mondiale.

Devant le caractère indéfendable de la réalité dépeinte aux administrateurs, par les représentants de tous les corps de métiers de la Compagnie, il a été proposé par le Conseil d’Administration du 13, puis décidé le 14 août 2001 par le sommet des Chefs d’États, de mettre fin pour le 31 Août 2001 à la mission du cabinet S.H. & E et celle de la Banque Mondiale. Malgré la brièveté de son passage à la tête de la Compagnie, Monsieur Jeffrey Erickson avait eu 8 mois pour désorganiser de manière irréversible la Compagnie.

Concernant le choix du successeur potentiel de monsieur Jeffrey Erickson, les candidatures affluèrent de partout : 116 dossiers au total. Au vu de certaines candidatures internes (Pilotes, Chefs de département, Chefs de service, Délégués du personnel), il était devenu clair que la Compagnie était réellement tombée bien bas pour que certains de ces postulants puissent s’imaginer occuper le poste de DG.

Dans le même temps, comme sorti de nulle part, s’est imposée l’idée que le futur DG devait être un financier parce que la compagnie regorgeait de compétences techniques et que les problèmes à venir ne seraient que des problèmes financiers.

Pour conduire le processus de liquidation de la compagnie… et la création d’une nouvelle compagnie, le Conseil d’Administration de Brazzaville, choisit comme DG pour une période de transition, Monsieur Marcel Kodjo, haut cadre de la commission bancaire de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest Africain). C’était un financier issu de la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest), ayant entre autres, dirigé la privatisation de BIAO en Côte d’Ivoire.

Monsieur Marcel Kodjo réintégra en Septembre 2001, dans leurs fonctions respectives ou dans des fonctions équivalentes, les Directeurs Centraux et Directeurs de Marché, dont la suspension remontait aux décisions du DG Erickson.

Manifestation contre la Banque Mondiale
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