Chapitre VIII

Le retour des vieux démons à l’occasion de la désignation du nouveau DG

Dès l’annonce de la démission de Sir Harry, il m’était apparu clairement que le moment était venu, pour que son successeur cette fois-ci, soit choisi en interne. Je pris sur moi, de contacter séance tenante certains Directeurs présents, pour justifier mon analyse et leur proposer un candidat.

Il s’est agi en premier choix, de Monsieur Théophile Komaclo. Celui-ci répondit être honoré de ma proposition, mais souhaitait que soit pris en compte, « la réalité du poids et de l’engagement financier du Sénégal et de la Côte d’Ivoire » dans la proposition de candidature interne. Il recommanda que notre candidat soit Monsieur Pape Sow Thiam. L’intéressé, contacté par nos soins, Monsieur Théophile Komaclo et moi, eut cette réponse pleine de bon sens : « J’accepte d’être le candidat des Directeurs, à la condition que nous jouions en équipe ».

Nous venions de coopter notre futur « Capitaine. »

À la reprise des travaux, suite à la démission de Sir Harry, le Conseil d’Administration décida, dans l’attente de la désignation de son remplaçant, de mettre en place un Comité de Direction placé sous la présidence du PCA Tidjane Sylla. Par délégation, ce Comité de Direction serait géré au quotidien par le doyen d’âge des administrateurs, Monsieur Fousséni Konaté, ancien Directeur Général Adjoint de la Compagnie. Le comité de Direction était composé du Directeur Général sortant, d’un administrateur choisi par ses pairs, (celui du Congo), de tous les Directeurs Centraux et ce, jusqu’à la tenue du prochain Conseil d’Administration dont la date a été fixée au 27 Février 1999.

Dans l’attente de ce Conseil d’Administration, plusieurs cadres dont en particulier des Directeurs Centraux, entreprirent de sensibiliser les administrateurs sur la nécessité de choisir en interne, en la personne de monsieur Pape Sow Thiam, le futur DG de la Compagnie.

Le comité de Direction qui se réunissait une fois par semaine fit au mieux pour parer au plus pressé, et préparer ledit Conseil d’Administration du 27 Février.

Lorsqu’à la fin des travaux de ce Conseil d’Administration, il a été question de la désignation du DG, avec l’option d’une candidature unique en interne proposée par des cadres de la compagnie, les objections ont fusé de toutes parts :

  • De quel droit le Comité de Gestion pouvait-il proposer un candidat, alors que ce point n’était pas explicitement inscrit à l’ordre du jour du conseil (ce qui était vrai), et n’avait été abordé que dans le point « Divers », alors que certains Administrateurs avaient déjà quitté le conseil après épuisement des points de l’ordre du jour ?
  • Comment pouvait-on vouloir choisir un DG, sans au préalable avoir pris acte de la vacance du poste et avoir défini le profil du poste ?
  • Pourquoi avoir limité la sélection interne aux seuls Directeurs en fonction, donc à leurs seuls États, éliminant ainsi du coup, celle de cadres compétents – donc de leurs États – ayant des nationalités autres que celles des seuls Directeurs en poste ?
  • Le futur candidat devrait être proposé par les États parmi leurs cadres, que ceux-ci soient à Air Afrique ou hors de la Compagnie.
  • D’ailleurs, au moment où il était fait mention d’une prétendue candidature unique interne, le conseil annonça avoir enregistré par ailleurs, celle d’un Directeur central et celle de l’ancien conseiller spécial du PDG, tous deux en fonction à Air Afrique, preuve s’il en était pour les administrateurs, que tout cela était « cousu de fil blanc ».

Ces objections retenues, le Conseil prit formellement acte de la démission du DG et prononça la vacance du poste de Directeur Général. Il décida de dissoudre le Comité de Direction et de nommer Monsieur Fousséni Konaté, en qualité d’Administrateur Délégué exerçant les pouvoirs du Directeur Général, puis fixa pour le 30 Mars au plus tard, la date du prochain Conseil qui eut finalement lieu le 23 Avril à Ouagadougou.

L’Administrateur Délégué avait pour missions spécifiques, de faire un descriptif précis du poste de DG et du profil du candidat, de lancer l’avis de vacance de poste et recueillir les candidatures « ouvertes aux ressortissants des États Membres sans exclure les candidatures internes » selon la procédure et le calendrier tracés par le Comité des Ministres.

La demande ainsi formulée par le Conseil d’administration, venait d’ouvrir la boite de Pandore. La campagne électorale était lancée et tous les coups étaient permis pour disqualifier les concurrents, surtout les candidatures internes.

Cette décision eut comme conséquence pour le Bénin, de demander le retrait de la candidature interne de monsieur Pierre Agbogba pour la remplacer par celle de monsieur Théophile Komaclo candidat « officiel » désigné par son État. Le Sénégal confirma la candidature de monsieur Pape Sow Thiam. La Côte d’Ivoire ne proposa aucun candidat et apporta son soutien au candidat du Sénégal, tandis que le Togo proposait monsieur Christian Folly Kossi.

À l’évidence, aucun de ces candidats internes, devenu candidat de son État, ne pouvait se désister en faveur du candidat unique des Directeurs, donc celui du Sénégal, sans passer pour être « traître à la Patrie ». Il fallait battre campagne et le faire savoir.

Pendant ce temps, les stratèges d’Air France, dont un ancien conseiller de deux chefs d’État africains, (qui avaient eu connaissance de l’option première des cadres pour une candidature unique en interne), se sont mis en patrouille dans certains États, afin de soutenir la candidature du candidat des Directeurs en le lui faisant savoir, pour, le moment venu, négocier ou rappeler ce soutien.

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