Chapitre V.3

L’insouciance érigée en argument de gestion (ou de non gestion)

Dans un autre domaine, mais toujours concernant la corporation des agents ayant en charge les recettes commerciales, les facturations inter-compagnies devaient être faites dans des délais réglementaires prescrits par l’IATA (Association Internationale des Transporteurs Aériens). Toute facture reçue hors ces délais par une compagnie pouvait être rejetée par elle. Dans ce cas, la facture rejetée était dite frappée par le « time limit ».

Les agents des recettes commerciales, chefs en tête, sachant cela, choisissaient de ne plus traiter certains documents de facturation qu’ils avaient trop longtemps laissés traîner, préférentiellement les documents fret et ceux concernant la facturation de la poste. Lorsqu’ils étaient interrogés, leur réponse technique était de dire « dans tous les cas, nos factures seront frappées par le time limit, donc cela ne servira à rien que nous perdions notre temps à les établir ». Ces documents non traités, représentant des centaines et des centaines de millions de CFA non encaissables, étaient soigneusement rangés dans des cartons par les agents, et entassés dans le couloir menant au bureau du chef du département des recettes commerciales, comme pour se donner bonne conscience et sans doute dégager leur responsabilité le moment venu.

Alors qu’avec UTA puis Air France, le time timit s’appliquait pour les recettes passagers où il n’y avait pas d’accord de pool, nous avons pu à partir de 1996, sur la base des travaux de notre cellule de facturation, qu’il n’en soit pas de même pour les recettes fret. En effet, et parce qu’il existait un pool de recettes avec ces compagnies, Air Afrique a pu justifier de la non équité de la notion de time limit dans le cas d’espèce. Jusqu’à cette date les factures Air Afrique étaient rejetées par ces compagnies.

Pool fret :

Accord commercial et financier prévoyant qu’UTA puis Air France commercialisaient en Europe le fret et la poste transportés sur les vols d’Air Afrique et encaissait la totalité des recettes en attendant d’être facturé. De même, Air Afrique commercialisait en Afrique, le Fret et la poste transportés sur les vols UTA puis Air France, et encaissait les recettes en attendant d’être facturé. Dans les faits, UTA puis Air France facturait à bonne date les recettes de ligne et les encaissait, mais pouvait ou voulait rejeter les factures tardives d’Air Afrique en invoquant le time limit.

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