Chapitre V.1

La recherche de boucs émissaires : Le cas des recettes Fret et poste

Le Directeur Délégué chargé des Finances, monsieur Yves Boudot, lors d’un Conseil d’Administration justifiait, selon les chiffres produits par ses services, le faible niveau des recettes fret par l’argumentation suivante : « le trafic Fret s’est maintenu en volume, mais a changé de nature en raison de l’impact de la dévaluation, plus de trafic à l’intérieur de l’Afrique et au départ de l’Afrique, que vers l’Afrique ».

Ceci n’était pas exact et il le savait. Il le savait d’autant mieux que nous en avions parlé et qu’il avait reconnu et promis, sans pouvoir expliquer, que les chaînes de traitement des recettes fret seraient revues.

Pour sa part, avec le sourire malicieux qui caractérisait chacune de ses sorties qui se voulaient assassines, le Directeur Délégué chargé de l’Exploitation et du Technique, donc responsable d’une importante partie des coûts, conforté dans sa position par les travaux d’un contrôleur de gestion aux connaissances approximatives, enfonçait le clou en disant en substance : « Monsieur Le Président, les coûts de production sont bien maîtrisés ; le vrai problème de la Compagnie se situe au niveau commercial où les recettes ne suivent pas. Il faut faire quelque chose… »

La cohésion de l’équipe de commandement était mise à mal. La recherche de boucs émissaires commençait à se substituer à la notion de responsabilité collective, et les calculs personnels à se faire jour, tandis que des clans se formaient au sein même du Comité de Direction. L’acharnement à vouloir tout imputer aux seules recettes du fret a été telle que le PDG, lors d’une de ses conférences en interne, (Hôtel Ivoire 1995), déclarait, fort irrité, que la dégradation des résultats de la Compagnie était principalement due à la Direction Fret et Poste qui pourrait de ce fait, être à l’origine du premier déficit de la Compagnie, chose qu’il n’était pas prêt à accepter.

Cette accusation fit long feu le jour où par son opiniâtreté, le Directeur Fret que j’étais, injustement cloué au pilori, réussit avec l’aide de quelques cadres de sa Direction, à apporter la preuve de l’existence de plusieurs milliards de CFA de recettes produites par son activité, pas du tout, ou mal facturées, alors que le Directeur Financier et les cadres chargés des recettes commerciales, niaient la possibilité de l’existence du moindre centime non facturé ou non encaissé par leurs soins.

À l’appui de ses affirmations, et grâce au travail de la cellule mise en place par lui, le Directeur Fret réussit à obtenir, d’abord de l’UTA, puis ensuite d’Air France, que des avances sur recettes non contestables, mais non encore facturées, soient faites à Air Afrique « en attendant que les factures soient établies, ou rectifiées par les techniciens des recettes commerciales ».

Le premier versement de ces sommes récupérées en 1995 a concerné les recettes de l’exercice… 1993. Il s’agissait de 2,9 milliards de CFA correspondants pour partie au solde du pool Fret, et pour partie à des facturations mal ou pas faites.

Sans aucun doute possible, la prise en compte à bonne date et en temps réel de ces recettes, aurait changé les résultats de la Compagnie, ainsi que les analyses et options de la Direction Générale.

Au total, entre 1995 et 1999, ce sont plus de 9 milliards de CFA non entièrement facturés donc non comptabilisés en recettes fret et poste, qui ont été ainsi récupérés pour la période allant de 1993 à 1997 ; restaient encore à facturer les années 1998 et 1999.

La récupération de ces recettes continua bien après la liquidation de la compagnie, et procura au syndic liquidateur jusqu’en 2007, plusieurs milliards de CFA. Le dernier encaissement était de 5 milliards.

Ces sommes ont été régulièrement encaissées par Air Afrique suite aux travaux d’une Direction dont ce n’était pas la mission. À aucun des nombreux Comités de Direction qui ont suivi, personne n’a voulu s’enquérir des causes réelles de cette Bérézina financière, la seule préoccupation collective du moment était de demander au Directeur du fret « combien il pensait récupérer ce mois-ci auprès d’Air France ». Jamais personne à la Direction Financière, n’a été
tenu pour responsable de ce laxisme avéré.

Concernant les recettes commerciales, personne au niveau du fret n’ayant jamais été associé à la définition des schémas de traitement lors de la confection des programmes, la réalité, qui nous a été expliquée, malheureusement beaucoup trop tard, confirmait le bricolage et l’incompétence de plusieurs parmi les différents gestionnaires des recettes commerciales et dépassait tout ce que nous pouvions imaginer.

Leave a Reply

You can use these HTML tags

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

  

  

  

Subscribe without commenting