Chapitre V

Le traitement catastrophique des recettes commerciales

Sur recommandation de son premier Directeur Financier, Monsieur Yves Roland-Billecart avait accepté en 1989, de ne pas réduire les effectifs du service des recettes commerciales, effectifs pléthoriques de plus de 400 personnes, et dotés d’équipements informatiques rudimentaires et obsolètes datant de 1970.

Par contre, alors qu’il avait toujours existé au niveau des recettes commerciales, une branche de facturation des opérations « passages » et une branche de facturation des opérations « fret et poste », lors de la restructuration de 1989, par méconnaissance de la spécificité des opérations liées à chacune des activités, il a été décidé de banaliser le traitement des recettes pour améliorer la productivité des agents au motif que « Qui peut facturer des passagers peut facturer du fret ».

Cette fausse bonne idée a été adoptée nonobstant le niveau insuffisant de formation en matière de facturation fret de bon nombre de personnes de la population des agents des recettes commerciales. Qui plus est, cette insuffisance était aggravée par le peu d’intérêt de ceux-ci, pour une activité (l’activité fret) considérée dans la plupart des Compagnies aériennes, comme peu noble et peu valorisante comparée à l’activité passager.

C’est le lieu de rappeler que dans plusieurs compagnies aériennes, il existe une Direction des recettes commerciales non rattachée à la Direction financière. Les recettes commerciales sont une activité spécifique très différente des questions de finances. Les mécanismes de traitement des recettes sont telles que peu de Directeurs financiers peuvent en maîtriser les arcanes et les suivre dans leurs évolutions comme cela se devrait. Il ne s’agissait pas que d’opérations comptables standard ; il s’agissait surtout pour plusieurs clients, de facturations prenant en compte des clauses d’accords commerciaux souvent très complexes.

Dans l’attente, et afin d’améliorer la qualité et la fiabilité du traitement des recettes, puis, éventuellement réduire le nombre d’agents, la Compagnie s’endetta pour acquérir un nouveau

système informatique avec des applications pour le traitement des recettes commerciales. Au plan des équipements, notre système n’avait rien à envier à celui de la B.A.D (Banque Africaine de Développement) considéré jusqu’alors, comme le plus performant au ‘‘Sud du Sahara’’.

À la différence de celui de la B.A.D, notre système a souffert dès le départ, à sa conception bien avant le BUG de l’an 2000, de programmes mal conçus, conçus par des informaticiens ne maîtrisant pas la chaîne de fonctionnement et de traitement des recettes commerciales de compagnies aériennes. Ces informaticiens étaient assistés par des agents de facturation pour la plupart formés sur le tas, sclérosés par la monotonie de leurs tâches routinières, agents aux connaissances non avérées mais compensées pour certains, par leur éloquence qui séduisait ces néophytes.

À cela s’est rajoutée l’instabilité des structures et des hommes dont nous faisions état, avec comme conséquence, la méconnaissance totale du système par ceux qui se sont succédés dans les différents services de la Direction Financière, au point d’aboutir à la non facturation pendant plusieurs mois, de recettes de la Compagnie auprès de clients en compte et de compagnies étrangères.

Le service des recettes commerciales produisait des résultats souvent erronés tant pour le fret que pour les passagers. Ces résultats servaient à quantifier puis à juger les performances de Direction Fret et Poste et la Direction Commerciale.

Les titulaires de ces postes étaient constamment interpellés lors des Comités de Direction, notamment le Directeur Fret et Poste, malgré ses explications, ses démonstrations et ses réserves concernant les recettes imputées à son activité.

La tension de trésorerie était de plus en plus forte. Il fallait trouver sinon une parade, du moins des explications ou mieux, des coupables.

2 comments to Chapitre V

  • DD

    Un lecteur, informaticien, ancien d’Air Afrique, nous a adressé une question et quelques commentaires suite au chapitre V, le traitement des recettes commerciales. En résumé…


    – Le programme informatique douteux qui est évoqué, c’est à quelle époque ?

    – Dans la période 1990 -1994 que j’ai connue, pour moi, les recettes commerciales à l’utilisation « fonctionnaient malgré tout » mais avec effectivement un effectif pléthorique mais néanmoins tout à fait dévoué à la compagnie puisqu’ils venaient travailler 360 jours par an pour assurer le boulot.

    – Pour ce qui est des recettes à l’émission, c’était beaucoup moins simple avec une réécriture informatique confiée à une équipe interne dans un premier temps, conduite par un informaticien maison qui devait décéder au milieu du projet ; les recettes à l’émission étaient éclatées entre 4 centres pour des raisons largement politiques je pense.

    – Quand je suis parti (3 mois après la dévaluation du CFA) pour ma part j’ai remis ce qui nous avait été commandé à savoir un plan de transition en 7 étapes pour les recettes commerciales.

    – BA proposait un système de pré-valorisation des titres dont nous prônions l’adoption pour pouvoir automatiser dans une large mesure les calculs complexes (accord bilatéraux, quote-part sur les parcours complexes)

    – J’avais fait des tests de relecture ATB et avais prôné la relecture des titres PAX utilisés, directement dans les escales pour pouvoir consolider une partie toujours croissante de la recette « avant le décollage de l’avion » au lieu des 30 jours fin de mois en vigueur jusque là.

    – Dans le même temps j’avais commencé à produire de nouvelles statistiques commerciales qui en lien avec la fidélisation montraient des choses très intéressantes, en particulier sur la part significative de l’Asie dans les recettes de haute contribution…

    • DD

      La réponse de Yacouba N’Diaye.

      – Mon propos ne concerne que les recettes fret et poste.

      – Air Afrique a contracté un prêt auprès de la BAD pour acquérir son matériel. Avant cela, un seul informaticien, Massouo (qui est décédé), avait la charge de s’occuper des questions de fret, et je n’ai jamais su s’il avait été remplaçé.

      – Mes premiers doutes avec le nouveau système, (en plus de ce que j’expliquerai plus loin), sont nés lorsqu’un jour, messieurs Yves Boudot et Coly Boubacar, pour la présentation des comptes à un conseil d’administration m’ont demandé  » quel montant ils pouvaient prendre sur LES BENUS FRET pour améliorer le poste  » reprise sur BENU « .

      – Je suis sûr de ne pas avoir besoin d’expliquer la signification de cette question, ni la gravité de la situation qu’elle révélait et
      dans laquelle on se trouvait.

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