Chapitre IV.2

La mort du Président Houphouët-Boigny

Le décès du Président Houphouët-Boigny, le 7 décembre 1993, puis la dévaluation de 100 pour 100 de la valeur du franc CFA le 11 janvier 1994, sont venus sceller le sort de Monsieur Yves Roland-Billecart et son équipe. La disparition du Président Houphouët qui laissait une Compagnie « orpheline » et un PDG sans mentor, a offert l’occasion à tous ceux, et ils étaient nombreux, qui étaient en embuscade, d’ouvrir la chasse à courre afin d’assouvir leur vengeance.

La dévaluation du franc CFA, venue doubler de manière mécanique la dette de la Compagnie, a fragilisé un Président qui, malgré tout, en bon capitaine, ne voulait pas abandonner le navire au moment où celui-ci allait affronter la furie des tempêtes. Pour cette raison, il avait sollicité et obtenu sa reconduction à la tête de la compagnie pour un second mandat lors du Conseil d’Administration de Dakar, au lendemain de la dévaluation du franc CFA. (Janvier 1994)

Le Ministre des transports en poste au Sénégal à cette époque, m’a personnellement chargé, dès janvier 1994, de porter le message suivant : « Dites à votre PDG qu’il devra désormais descendre de deux marches d’escalier lorsqu’il reviendra ici… Plus de Président, plus de Premier Ministre ! Son interlocuteur, c’est le Directeur de l’Aviation Civile, et éventuellement moi, si le Directeur de l’Aviation Civile l’estime nécessaire ! »

Le ton était donné et semblait être convenu entre plusieurs Ministres, car presque partout à la fois, les portes se sont progressivement fermées, tant au niveau des Présidences qu’au niveau des Primatures.

De manière progressive et méthodique, les États ont réinstallé leur emprise et, pour certains leurs travers, dans la gestion de la Compagnie. Les demandes d’embauches ou de reprises d’agents « licenciés », ou encore les demandes de promotion d’agents en vue du « rééquilibrage qualitatif des effectifs par État » reprirent de plus belle.

La compagnie dut réintégrer une hôtesse de l’air qui avait été licenciée pour trafic d’excédents de bagages à des fins commerciales ; surseoir au licenciement d’un cadre passager sur un vol, ayant giflé le commandant de bord de l’avion à bord duquel il se trouvait.

De même, la compagnie continua pendant plusieurs années, à payer son salaire à un commandant de bord interdit de vol, faute de pouvoir réunir le conseil de discipline réglementaire pour statuer sur son cas, puis accepta d’interdire de vol, à la demande d’un État, un commandant de bord qui aurait été incorrect envers une délégation de cet État pendant un vol, etc.

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