La naissance

Le 28 mars 1961, onze États africains signaient à Yaoundé un traité portant création de la compagnie multinationale Air Afrique. Un acte d’une haute portée, au triple plan historique, politique et économique. Le début également d’une fabuleuse envolée…

1961, l’année d’une naissance pas comme les autres. En effet, le 28 mars, pour la première fois dans l’histoire de l’aviation commerciale, onze États qui venaient à peine d’accéder à la souveraineté internationale, s’associaient pour créer une compagnie aérienne multinationale à structure unitaire, pour assurer les relations entre leurs États et l’exploitation de leurs droits de trafic internationaux.

Flash back… pour mieux comprendre la création d’Air Afrique et le processus dont le Traité de Yaoundé a été l’aboutissement. Les États signataires du Traité appartenaient à l’Union Française et pour 10 d’entre eux, plus spécifiquement, aux deux grandes Fédérations de l’Afrique Sub-Saharienne, l’AOF et l’AEF. Le Cameroun et le Togo (anciennes colonies allemandes) avaient été placés, quant à eux, sous tutelle française, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, par la Société des Nations. À l’aube de l’indépendance, certains leaders politiques africains n’avaient pas caché leur souhait d’accéder à la souveraineté internationale dans le cadre de ces deux grandes fédérations, conscients que les petits États qui naîtraient de la « balkanisation » ne seraient pas en mesure d’affronter les difficultés de la vie internationale. En revanche, d’autres leaders préféraient une indépendance séparée, tout en étant favorables à certaines formes de regroupement une fois l’indépendance acquise. C’est dans ce contexte et ces dispositions d’esprit que se tient à Abidjan, le 26 octobre 1960, la première Conférence des États africains d’expression française. Une réunion durant laquelle les chefs d’État confient au Président Houphouët-Boigny la mission d’étudier la création d’une société aérienne commune, en association avec les compagnies françaises Air France et UAT, opérant dans leurs États. Du 15 au 19 décembre 1960, une seconde conférence se tient alors à Brazzaville. Une étape décisive où les chefs d’État et de gouvernement présents donnent leur accord de principe à la cration d’une telle société commune, et chargent des experts de peaufiner les différents textes constitutifs au sein d’un comité d’étude. Ultime rendez-vous avant Yaoundé, la première Conférence Économique Inter-Africaine de Dakar (30 janvier – 4 février 1961) permet à la sous-commission des transports d’arrêter le texte définitif des instruments du futur Traité. Assemblée Constitutive Air Afrique - 26 juin 196152 jours plus tard, l’histoire retiendra que la compagnie aérienne Air Afrique naissait à Yaoundé, par la volonté de onze chefs d’État signataires d’un Traité relatif aux Transports Aériens en Afrique. Une compagnie qui, selon les dispositions contenues dans le Traité, devait revêtir la forme juridique d’une société anonyme et être constituée par une assemblée générale constitutive pour avoir une véritable existence juridique. Une obligation qui sera remplie dès le 26 juin de la même année à Abidjan.

Jean Millier Ministre des Travaux publics et des Transports en Côte d'Ivoire (1961)Pour évoquer les grands principes dégagés durant les travaux préliminaires au Traité de Yaoundé, et leurs traductions dans les différents textes signés le 28 mars 1961 par les chefs d’État, il faut se reporter au rapport de Monsieur Jean Millier1, alors ministre des Travaux Publics et des Transports de la République de Côte d’Ivoire. Dans ce texte, Jean Millier écrivait notamment : «… L’idée est ainsi venue dans le cadre de la politique générale d’union qui inspire les États africains réunis, puis à Brazzaville, d’une part de mettre en commun leurs droits de trafic aérien et d’autre part, de créer, pour leurs relations inter-États, une société aérienne de transport qui serait commune et qui constituerait l’instrument choisi par chacun d’eux pour l’exploitation des droits de trafic internationaux… » Une telle association d’États, poursuit le ministre, « … permet de constituer une Société à potentiel aéronautique élevé, qui doit pouvoir d’une part, assurer en principe la totalité du trafic entre les États contractants et d’autre part, prétendre à une notable partie du trafic long-courrier sur les lignes internationales les plus fréquentées les intéressant ; une telle société doit pouvoir disposer d’installations à terre suffisantes, de matériel volant de qualité, de personnel qualifié et tout en assurant un service inter-États dans des conditions satisfaisantes, pouvoir affronter la concurrence sur les lignes internationales long-courrier… » Une telle compagnie internationale ne pouvait donc pas être créée et se développer normalement sans l’appui de transporteurs aériens crédibles et, comme le souligne Jean Millier : « … Capables d’apporter, dans des conditions à définir et en respectant la souveraineté de chaque État, l’expérience, la technicité, le matériel, le personnel et les installations nécessaires à un démarrage rapide dans de bonnes conditions. » Autant de principes fondamentaux qui sont à la base de la réussite d’Air Afrique, une compagnie heureuse et fière de fêter aujourd’hui ses 30 ans d’existence.

Source : Balafon n°98 juin-juillet 1991 – 30 ans

1 – Il a consacré sa vie à l’urbanisme en Côte d’Ivoire, où il fut ministre, et en Ile-de-France. L’INGÉNIEUR général des Ponts et chaussées Jean Millier est mort à Nice, mardi 10 octobre 2006. Né le 28 juin 1917 à Paris, il était âgé de 89 ans. Peu d’hommes ont aussi fortement marqué les territoires où ils ont exercé leurs fonctions successives. Affecté en Côte d’Ivoire en 1946, il se fait remarquer par les études et les travaux de percement de la lagune qui ont permis le développement du port d’Abidjan ; il devient rapidement directeur des travaux publics de Côte d’Ivoire et quand, en 1957, le pays accède à l’indépendance, le président Houphouët-Boigny le nomme ministre des travaux publics. Le Monde

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