DC-8

Décembre 1962, le président Cheikh Fal, signe aux États-Unis l’achat de deux DC-8 neufs. Après le traité de Yaoundé, cet événement marque le second acte fondateur d’Air Afrique.Signature achat DC

Après un début d’exploitation assuré par des avions loués, la jeune compagnie décide de se doter de ses propres appareils. Si le choix se porte sur le long courrier de Douglas, plutôt que celui de Boeing, c’est aussi, mis à part la qualité de l’appareil, parce que la compagnie tutrice est UTA, entreprise privée, moins politiquement marquée qu’Air France, compagnie nationale de l’ex-puissance coloniale.

Ces DC-8 sont de la série 53, dernier modèle de chez Douglas, équipé de turboréacteurs à double flux. Cet appareil consomme 13 % de moins que les DC-8 30 ou 40 jusque là en service, et ce, avec une charge marchande et une autonomie améliorée.

Ce type appareil n’est pas en service à UTA qui ne possède que des série 33, dont deux, (les F-BJLB et F-BLLC) seront par la suite modifiés chez Douglas.

TU-TCA

DC-8 TU-TCALe premier de ces DC-8 (le 190ème appareil s/n 45 670) est livré le 19 octobre 1963. Il est immatriculé TU-TCA, et baptisé le mois suivant, « Abidjan » par Mme Houphouët-Boigny. Il accomplira toute sa carrière sous l’emblème du koba. Une photo le représente en février 1969, portant les titres de Saudia, sans doute à l’occasion du Hadj.

DC-8 TU-TCAC’est lui qui inaugurera la piste de Franceville lors du 12ème anniversaire de l’indépendance du Gabon. Ce jour là, 14 août 1972, à 11 h 01 locales, le vol RK3221, piloté par B. Blanchi et M. Spinner est le premier jet à se poser sur la piste de Franceville M’Vengue. À son bord, une délégation d’officiels entoure le président A.B. Bongo. Le touché des roues est salué d’un tonnerre d’applaudissements. Le retour s’effectue à vide, 1h30 plus tard.

Le 21 mars 1985, il est vendu à la compagnie Minerve. Il totalise alors 54 795 heures de vol et 24 294 atterrissages. Il est stocké à Nîmes, où il sert de magasin de pièces détachées. Il est démantelé au cours de l’année 1985.

TU-TCB

DC-8 TU-TCBLe second est le n° 196 (s/n 45 671). Il est livré le 10 janvier 1964, et immatriculé TU-TCB portant le nom de Brazzaville. Air Afrique prend ainsi l’habitude de baptiser ses appareils des noms des capitales des états membres. La marraine est cette fois Mme Massamba-Débat, l’épouse du président congolais.

UTA qui exploite également le réseau Extrême-Orient-Pacifique, ne possède, nous l’avons vu que des DC-8 33. Ces avions n’ont pas l’autonomie suffisante pour traverser le Pacifique. L’escale technique à Honolulu est extrêmement coûteuse. Le 53 n’a pas cet inconvénient.

La compagnie française fait modifier deux de ses 33 à Long Beach, mais pour assurer l’exploitation de ce réseau, il faut trois appareils. UTA passe donc un accord avec Air Afrique.
Le TU-TCB est donc « échangé » contre un DC8 33 (le F-BIUY). Le 29 novembre 1965, titulaire de 6 000 heures de vol, il est loué à UTA et immatriculé F-BJCB, gardant son terminal « Charlie Bravo ».

Durant près de trois ans, il œuvrera sur le réseau EXO-PAC de la compagnie française.

UTA recevant ses DC-8 62 pendant le premier semestre 1968, le CB rejoint sa flotte d’origine en juillet 1968. Il a effectué près de 11 000 heures de vol pour le compte d’UTA. On le verra également porter les titres de la Saudia (photo parue dans le «Soleil » de Dakar), et il se lancera dans la publicité. Il sert de toile de fond au portrait de Jean Bruce au dos de ses ouvrages OSS 117.

Lui, habitué aux traversées du Pacifique, il ira avec le TU-TCA à la conquête de l’Atlantique et de New York.

Le 24 septembre 1983, après 20 ans de bons et loyaux services, 55 684 heures de vol et 21 679 atterrissages, il est retiré du service, convoyé à Luxembourg pour y être démantelé.

C’est là qu’il est repéré par un néerlandais qui souhaite le transformer en restaurant. Acheté au prix de la ferraille, découpé et transporté par la route, il est installé à Purmerend, entre Edam et Volendam au nord d’Amsterdam. Il ne retrouve pas ses moteurs, mais « gagne » une originale dérive en T. Il sera malheureusement détruit par un incendie en 1990, et démantelé en 2000.

TU-TCE

DC-8 TU-TCEEn remplacement du TU-TCB, le F-BIUY est loué à Air Afrique. Ce 80ème DC-8 du model 33 (s/n 45 569) est le premier DC-8 livré à la T.A.I les 7 et 8 août 1960. Il totalise 17 283 heures de vol à la location. Immatriculé TU-TCE, il reprendra le nom de Brazzaville et de ce fait n’aura pas de marraine. Il restera 3 ans auprès d’Air Afrique où il accomplira plus de 8 500 h de vol.

C’est au cours de l’un deux, qu’un incident extrêmement rare (voir unique) est survenu. Lors d’une escale à Ouagadougou, le combustor a explosé, fauchant le train principal droit. Les passagers étaient heureusement débarqués, il n’y eut pas de blessés, mais des dégâts matériels importants. Il fallut changer la jambe de train sur place, vérifier les moteurs et les mâts.

Le combustor était une bouteille d’air comprimé placé dans le logement du train, qui servait au démarrage pneumatique du moteur en cas de défaillance du GPU. Ce système était régulièrement testé. C’est à ma connaissance le seul cas d’incident, suffisamment grave pour que le système soit désactivé puis abandonné.

En 1973, l’appareil est loué à une compagnie charter espagnole, la T.A.E (Transportes Aéros y Enlaces), pour finalement être vendu en 1978. Réformé à Palma de Majorque vers 1983, titulaire de 56 820 heures de vol et 23 837 atterrissages. Il est démantelé l’année suivante.

TU-TCC

DC-8 TU-TCCLe 3ème DC-8 neuf d’Air Afrique est un cargo. Ce 271ème appareil est un 55F livré en août 1966. Immatriculé TU-TCC, il est baptisé «Cotonou » par l’épouse du président du Dahomey. Lui aussi passera toute sa vie arborant le Koba.

Sa mise en service, peu après celui d’UTA, place les deux compagnies devant un nouveau challenge, celui du fret palettisé. À l’époque, les équipages étaient banalisés, les appareils exploitaient indifféremment les réseaux cargo des deux compagnies.

Notre DC-8 était un peu différent du F-BNLD d’UTA. Tous les anciens agents de trafic opérations se souviennent des limites arrière ZFW différentes sur les deux appareils. Le LD, tout comme le DC-8 de l’armée française avait été modifié avec deux réservoirs de carburant dans les bords d’attaque.

Au milieu des années 70, il abandonnera fugitivement sa livrée verte pour des couleurs orange et jaune. Cette modification ne semble pas avoir été retenue, et l’appareil a retrouvé le vert qui lui allait si bien. On le vit également en tout blanc. À la fin de sa carrière, il est transformé en tout passager. Réformé en septembre 1983, il est convoyé à Dakar où il est démantelé en 1993.

Jacques JULIEN

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