Point de vue : Charles Konan Banny

Un lecteur m’a écrit qu’il ne pouvait lire correctement l’interview de Charles Konan Banny, j’ai retrouvé le texte et j’ai recopié…

Savez-vous pourquoi on associe mon nom à Air Afrique ?
Pendant longtemps, j’ai pensé que dans la litanie de l’intégration que l’on chante, il y avait 3 réalités : la monnaie, Bceao, la compagnie aérienne que nous prenons tous, et l’Asecna. Voilà les trois choses qui m’ont impressionné. Et voilà-t-il pas que, par la faute des uns et des autres, Air Afrique était en train d’aller à vau-l’eau. Ça m’a fait mal au cœur. Avant même que Air Afrique ne disparaisse, j’ai eu des contacts avec le Mauricien (Harry Tirvengadum, ancien Dg de la compagnie), qui m’a expliqué le dossier. Je me suis rendu compte que finalement, on pouvait sauver cette compagnie. C’était facile. À l’époque, il suffisait de cotiser 5 dollars par personne, soit 3.000 francs CFA, et elle était sauvée. Avec 80 millions d’habitants, on allait sauver notre compagnie. Ce n’était donc pas insurmontable. Il fallait sauver ce pavillon parce qu’il représentait quelque chose pour l’Afrique. J’ai fait faire un article ici au Sénégal, par l’ex-ambassadeur de Cote d’Ivoire au Sénégal, intitulé « 5 dollars pour sauver Air Afrique ». De fil en aiguille, les responsables d’Air Afrique ont compris que j’étais intéressé au dossier, et moi-même j’en ai parlé à beaucoup de chefs d’État, en leur disant qu’il ne fallait pas laisser mourir cette compagnie. Je me souviens d’une audience avec Alpha Oumar Konaré, alors Président. Je lui ai dit : « Il ne faut pas laisser mourir cette compagnie. D’ailleurs, vous avez tous des avions. Pourquoi ne les mettez-vous pas en pool pour faciliter les déplacements des Africains. » Tout cela a amené Konaré à me demander : on te confie une mission pour essayer de recréer cela, est-ce que tu accepterais ? J’ai dit oui. Parce que je crois à cet idéal. Suivez-moi bien, et ne croyez pas trop à ce que vous écrivez, ni à ce que les autres écrivent (Rires). Et Laurent Gbagbo qui avait hérité du dossier, m’a demandé de conduire une réflexion pour recréer une nouvelle compagnie. Voici le dossier ! (Il le brandit). Ce dossier a été bouclé et le financement trouvé. La Bceao est utilisatrice d’Air Afrique, pour nos voyages, pour le transfert de nos billets dans la zone, etc. Nous sommes un gros client pour Air Afrique. Je préfère dépenser de l’argent dans une compagnie africaine plutôt que dans une compagnie française. Ce dossier a été soumis aux chefs d’État, au moins à deux reprises. Le schéma a été approuvé lors d’une réunion avec le comité que j’ai conduit, composé d’experts africains, de pilotes, de mécaniciens. Et j’ai découvert que les Africains avaient des compétences extraordinaires, y compris dans ce domaine-là.

Si vous avez suivi le dossier vous avez vu dans la presse qu’il y a eu une polémique entre Spinetta (le Dg d’Air France à l’époque) et moi. Je l’ai appelé et je lui ai dit : « On veut créer une nouvelle compagnie et vous voulez la plomber dès le départ. » Ils ont manipulé le personnel pour dire que dans la nouvelle compagnie ils avaient ipso facto des droits. Je leur ai répondu : « Quels droits ? Moi je vous donne une chance d’avoir un emploi en créant la nouvelle compagnie. C’est votre ancienne compagnie qui vous doit des droits. Ce n’est plus la même compagnie puisque les actionnaires ne sont pas les mêmes. Elle va reprendre quelques actifs de l’ancienne. » Les immeubles qui ont été bradés, on va prendre ça, et sur la base de ces acquisitions, l’ancienne compagnie pourra leur payer leurs droits, ou au moins une partie. Et on nous avait imposé une redevance, sur l’exploitation des lignes, à payer aux États. Et sur cette base, ces derniers vont pouvoir rembourser ce qui leur est dû, puisque finalement, c’était une compagnie d’État. Voilà le schéma. Je me suis opposé aux Français parce que, quand on est arrivé à la taille de la compagnie, après avoir fait le compte rendu à Gbagbo qui était le président, après avoir dit d’accord, immédiatement après ils me disent que la compagnie était trop grande, elle était surdimensionnée.

Ainsi de suite, le soi-disant collectif des anciens travailleurs d’Air Afrique, manipulé par Air France, a plombé ce dossier. Mais en vérité, je pense qu’au final, n’eut été le début de la crise ivoirienne en septembre, on l’aurait eue, cette compagnie. Pendant que je faisais ça, ce Monsieur avait constitué un collectif d’anciens usagers d’Air Afrique et se baladait pour vendre du vent. Il s’appelle Cheikh Ousmane Diallo. Je le connais bien ce garçon. Il pense qu’il peut entamer mon image. Mais il ne peut pas. Ce dossier est impeccable.

Mieux encore, il y a des pays qui parlent d’intégration. Mais lorsqu’on les met au pied du mur, on ne les voit pas. Comme j’ai vu que certains pays ont commencé a créer leurs compagnies nationales, par égoïsme…

Lesquelles ? Vous les connaissez ! Soyons sérieux ! Pour vous dire, il y a Air Ivoire, Air Sénégal, Air Mauritanie, Air Burkina, Air ceci, Air cela, (Rires !) hein ! Cela vous fait rire, mais vous allez vous casser la gueule un jour dans ces avions-là. C’est clair ! C’est clair ! Et puis, ça ne donne rien du tout. C’est diviser pour régner ! Et je suis contre cela. Eh oui, les choses ne sont pas si simples ! Curieusement, le seul chef d’État aujourd’hui encore qui soutienne ce projet s’appelle Laurent Gbagbo. Parce que son ministre des Transports est venu chez moi. Je lui ai dit : « Moi, je ne suis pas d’accord que les gens créent des compagnies nationales, parce que cela n’ira pas loin. C’est évident ! Ce n’est pas au moment où les plus gros veulent plus gros, que vous les miniscules allez pouvoir, dans un marché ouvert, les concurrencer quand même ! » Il ne faut pas sortir de l’École polytechnique de Thiès pour comprendre cela ! Mais les égoïsmes nationaux, titillés par les intérêts des marchands, nous amènent toujours à nous diviser. Alors, vous avez devant vous le seul défenseur des intérêts nationaux. C’est vous qui devez me défendre quand les gens écrivent des choses comme cela.

Mieux encore, au sommet de Niamey, à mon initiative, j’ai fait prendre par les chefs d’État une résolution pour relancer cette affaire. Je ne dis pas qu’ils vont tous le faire, mais on va le faire avec d’autres… Vous avez entendu parler de Air Cemac, non ? C’est une idée qu’ils sont venus pomper, parce que je les avais associés à cela. Et quand ils ont vu que l’on traînait, ils ont décidé de créer Air Cemac. Mais le modèle qu’ils ont fait n’est pas le même que le mien, parce que Air Cemac c’est avec Air Maroc. Ce n’est même pas sûr que la Banque va y participer. Moi, ce n’est pas comme cela que je vois. Je veux un vrai partenariat entre les intérêts africains et un partenaire technique. Et sur la base de cette résolution des Chefs d’États à Niamey, j’ai remis en place un deuxième groupe de travail. Pour produire un deuxième rapport qui n’a pas été amené ici. J’aurais pu le soumettre aux chefs d’État, dernièrement. Pourquoi ne l’ai-je pas fait ? Parce que je sens que les velléités séparatistes sont encore là.

Ce rapport a été composé par un groupe d’experts africains. Plus des personnalités de notoriété. Par exemple, Cheick Modibo Diarra qui est un expert en navigation, peut-être pas aérienne, et d’autres. Après avoir émis ce rapport, je leur ai demandé d’aller faire le tour. Ils ont fait plusieurs missions au Ghana. Parce que je ne veux pas m’arrêter à l’espace francophone. Ils ont été reçus par le président Kuffour. Le rapport a été bien apprécié. On va la faire, cette compagnie.

1 comment to Point de vue : Charles Konan Banny

  • TADE LEOPOLD

    Enffin!!! l’espoir renait avec cette volonté ACHARNEE du 1er Ministre CHARLES KONAN BANNY . La volonté de s’affranchir de la tutelle coloniale existe ( DECISIONS de YAMOUSSOUKRO des dignitaires de l’UNION AFRICAINE en 1999: la mise en commun de l’espace aérien africain ) mais une inquiétude subsiste peut-il y avoir harmonie entre le vouloir et le pouvoir ? ou bien la règle : « diviser pour règner » continuera de plomber les ailes africaines ?

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